Rencontres

Publié le 6 Avril 2013

Avant que je n'oublie, article de Paul Khalifeh a lire absolument pour comprendre notre situation actuelle :

 

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130405-million-refugies-syrie-liban-sleimane

 

 

Cette semaine j’ai eu l’occasion d’échanger avec trois femmes aux parcours si différents les uns des autres.

Ces trois femmes, je les côtoie dans ma vie professionnelle mais on est parfois très surpris de ce qui se cache derrière les apparences.

La première est palestinienne de père, libanaise de mère, musulmane par son père, chrétienne par sa mère. Autant vous dire que le destin s’est chargé de lui compliquer la vie. Qui dit « palestinien » dit apatride, dit des droits moindres, des salaires moindres, bref une vie que l’on subit. Pourtant au milieu de ce marasme ambiant, cette jeune femme clame sa « chance ». Celle d’être une femme, le mariage lui permettra d’obtenir une « vraie » nationalité ! Celle d’être chrétienne, la religion qu’elle a choisie malgré le poids de sa famille paternelle !

 

La seconde est arménienne et a passé les 30 dernières années à faire la cuisine ou le ménage pour des collectivités. Ses yeux sont d’un bleu limpide et surtout elle a une voix en or qui résonne dans les couloirs qu’elle nettoie. Elle est venue m’annoncer le concert de son fils, un brillant jeune homme qui est DJ de musique électro-arménienne. Elle est aussi venue m’annoncer qu’elle allait désormais se consacrer à ses 4 petits-enfants ainsi qu’à l’ouverture d’un snack de cuisine arménienne dans le Kesrouan. Bref elle allait quitter ce travail qui a fait vivre sa famille mais qui a usé son corps. Enfin elle allait vivre des projets personnels.

J’ai aimé sa fierté, son enthousiasme, sa foi dans les lendemains.

 

La dernière a épousé un intellectuel maronite communiste libanais malgré les recommandations de son père officier qui lui avait dit « Epouse un chiite plutôt qu’un maronite communiste ! »

Elle a vécu les combats idéologiques et physiques des années 60-80, la guerre civile au milieu de ses camarades dont certains sont morts au nom de la cause.

Aujourd’hui elle traine une douce mélancolie et regarde la jeunesse libanaise avec étrangeté, elle cherche une culture, une énergie à refaire le monde chez des jeunes qui ne s’intéressent qu’à leur confort matériel.

Son regard est intransigeant sur notre société si artificielle qui oublie que la vraie richesse est ailleurs.  Son seul espoir réside désormais dans son unique petit-fils qui grandit entre Londres et Dubaï.

Rédigé par Zélie

Publié dans #Made in Lebanon

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Solenne 06/04/2013 15:28

Merci pour ce partage. C'est une grande richesse de rencontrer des personnes tellement différentes, et certaines fois c'est aussi une grande lecon de vie !

Zélie 09/04/2013 21:18



Finalement il fait bon de faire attention a ceux qui nous entourent. On apprend beaucoup, je m'en suis apercu la semaine derniere.