Avalanche
Publié le 17 Octobre 2010
Une avalanche de lectures avec cette première semaine de synode.
Beaucoup d'espérance à lire certains mots.
Je retiens trois interventions libanaises. Je n'exclus pas les autres pays mais
il se trouve que c'est bien le sujet qui me concerne le plus, ce pays !
Sur la situation politique du Liban
:
- S. Exc. Mgr Béchara RAÏ, O.M.M.,
Évêque de Jbeil des Maronites (LIBAN)
Nous lisons au n° 34 de l'Instrumentum Laboris : "Au Liban, les chrétiens sont divisés au plan politique et
confessionnel et personne n'a un projet acceptable par tous". Il n'existe pas une division au plan confessionnel, mais une diversité d'Églises sui iuris catholiques, orthodoxes et
évangéliques ayant chacune son propre patrimoine, liturgique, théologique, spirituel et disciplinaire. Il existe par contre une division sur le plan politique, qui ne touche pas l'essence mais
les options stratégiques. Quant à l'essence, les chrétiens sont d'accord autour des constantes nationales, définies dans le document dit "les constantes" publié par le Patriarcat
Maronite le 6 décembre 2006, lequel a été accepté et signé par les chefs des partis politiques chrétiens. Ces constantes ont été développées dans un autre document paru en 2008 sous le titre :
Charte de l'action politique à la lumière de l'enseignement de l'Église et de la spécificité du Liban.
Quant aux options politiques, la division des Chrétiens est centrée sur la stratégie relative à la protection
desdites constantes et à la présence efficace et effective des chrétiens. Cette division est causée par les conditions politiques actuelles, tant internes que régionales et
internationales.
Car il existe dans le monde arabe une forte division entre les sunnites et les chiites, apparente, sur le
plan régional, dans la coalition, du côté sunnite, entre l'Arabie Saoudite, l'Égypte et la Jordanie, et du côté chiite entre l'Iran et la Syrie. Cette division s'est transformée en conflit
sanglant entre les sunnites et les chiites en Irak. Sur le plan international, le conflit se situe entre les États-Unis et ses alliés en faveur des sunnites d'un côté, et l'Iran de l'autre à
cause de ses ambitions régionales et de son programme nucléaire. Au Liban, c'est le conflit politique entre les chiites et les sunnites, où se situe la division des Chrétiens. Pour sauver le
régime libanais et leur présence effective, une partie choisit l'alliance avec les sunnites, une autre avec les chiites et une troisième appelle à de bonnes relations avec les sunnites et les
chiites et à ne pas se laisser entraîner dans la politique des axes régionaux et internationaux.
Le projet politique acceptable par tous consiste à parfaire l'État civil, dont les éléments se trouvent dans
les "Constantes", la "Charte de l'action politique" et la Constitution. C'est ce qui différencie le Liban des autres pays du Moyen-Orient, ayant tous de régimes religieux.
Sur la société libanaise et le role moral des chrétiennes:
Mme. Jocelyne KHOUEIRY, Membre fondateur et Présidente du Mouvement Laïc "La Libanaise-Femme
du 31 Mai" (LIBANO)
Je voudrais m'arrêter à la notion de “présence” telle que signalée dans la conclusion des Lineamenta. En tant
que femme chrétienne appartenant à l'Élise dans le monde arabe et moyen-oriental, je considère que de la qualité de notre présence en tant que chrétiens dépend en grande partie la pérennité de
notre existence devant le Seigneur notre Sauveur et devant nos frères dans cette région. La conclusion du texte affirme que cette présence pourrait devenir importante et considérable en fonction
de notre comportement.
Je pense qu'on est appelé à être (et non seulement à formuler) une réponse actuelle, humaine et culturelle, à
tant de questions posées par notre génération. Réponse qui reflète le sens de l'homme nouveau et la valeur sacrée de sa vie. Nous devons offrir la chance à la femme, aux jeunes, aux couples, aux
familles, et surtout aux personnes atteintes de handicap dans notre Eglise de pouvoir faire des choix de vie en cohérence avec l'Évangile et découvrir leur propre mission au sein de l’Église et
de la société arabe et moyen-orientale. Je souhaite qu'on puisse accorder une attention spéciale aux volets moral, social et bioéthique touchant à l'essence de notre témoignage surtout que notre
société n'est plus à l’abri des agissements qui portent atteinte à la dignité du mariage, de la procréation et de l’embryon humain. Intégrer la préparation lointaine au mariage et aux valeurs
familiales doit figurer dans les priorités de nos programmes éducatifs et pastoraux pour contribuer à affronter avec conscience et responsabilité les dérives de la société de consommation qui
nous envahi malgré les difficultés existentielles que nous vivons. Que la femme chrétienne puisse s’exprimer et témoigner de la beauté de la foi et du vrai sens de la dignité et de la liberté est
aussi un témoignage urgent qui interpelle la femme musulmane et ouvre des pistes nouvelles au dialogue. Que nos familles puissent être soutenues et accompagnées par leur église, mère et
éducatrice, afin qu’elles soient concrètement et délibérément des sanctuaires ouverts au don de la vie surtout quand cette dernière est blessée par le handicap ou les difficultés
socio-économiques, n’est pas chose secondaire face à la menace continue de l’émigration. Une conversion, au niveau de notre échelle de valeurs et de notre façon d'être, s’avère très urgente. Nous
sommes appelés à devenir avec Marie les serviteurs de l'Espérance dans cette région meurtrie et victime de tant d’injustice. Et qu’est ce qui empêche de lui confier ou même de lui consacrer tout
le Moyen-orient menacé par tant de dangers fatals ?

Sur la situation économique des chrétiens libanais :
S. Exc. Mgr Mansour HOBEIKA, Évêque de Zahleh des Maronites (LIBAN)
Je voudrais focaliser mon intervention sur des questions purement pratiques, en vue de solutions pratiques,
tel que nos fidèles le souhaitent.
- Depuis que des chrétiens émigrent massivement du Proche-Orient bon gré mal gré, leur problème n'est plus
simplement l'exercice de certains droits, mais la jouissance du droit de vivre sur leur terre natale. Le but du Synode devrait être en premier lieu de les aider à conserver ce droit. Il faudra
interpeller en leur faveur les grandes puissances au nom des droits de l'homme, et les pays où ils vivent au nom de l'Islam.
- Nos jeunes sont le plus souvent contraints de voyager à l'étranger pour gagner leur vie. L'Église du Liban,
qui a déjà beaucoup fait, doit se mobiliser encore pour alléger, tant soit peu, l’acuité de cette crise. La solution serait de donner au jeunes des lopins de terre sous la forme de bail
emphytéotique de 99 ans. Sur ces terrains ainsi lotis, les jeunes pourront faire construire soit des maisons, soit des usines, soit n'importe quel projet commercial.
- Le Liban est considéré comme 1'école du Moyen-Orient, l'université du Moyen-Orient et l'hôpital du
Moyen-Orient. Toujours est-il que ce secteur privé, tenu majoritairement par l'Eglise, coûte très cher.
L'Église, particulièrement intéressée à encourager les naissances, pourrait s'engager avec ses institutions à
alléger les frais d’enseignement du 3ème et 4ème enfant dans une même famille, en créant à cette fin un fonds d'aide; ou encore en réclamant à l'État avec plus d'insistance de prendre sur le
budget officiel entièrement ou en partie, le coût de l'enseignement privé.
D'autre part, en ce qui concerne les hôpitaux, il va falloir trouver pour les familles des polices
d'assurance à un coût revu à la baisse auprès de sociétés d'assurance homologuées par l'Église ou directement gérées par elle.
- Concernant les opportunités de travail pour les jeunes, condition sine qua non pour les garder au Liban, il
serait indispensable de mobiliser la diaspora chrétienne d'origine libanaise dans le monde entier et de l'encourager à investir au Liban pour créer des emplois.
- Certains mauvais choix en politique ont causé des vagues d'émigration qui auraient pu être évitées. Pour
que ces erreurs graves ne se répètent pas, les autorités ecclésiastiques pourraient jouer ensemble un plus grand rôle pour empêcher de telles prises de positions risquées indûment.
Ces mesures, si modestes soient-elles, contribueront certainement à renforcer la présence chrétienne au Liban
et ailleurs, à augmenter la résilience des familles dans les conjonctures économiques difficiles et à encourager les jeunes à se marier et à fonder des familles.
Je lève les yeux vers les montagnes : d'où le secours me viendra-t-il ?
Psaume 121
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