Mon voisin a les cheveux bleus, oui depuis un mois il traine ce bleu lavande identique à celui de ma grand-mère qui sort de chez le coiffeur.
Tout l’immeuble le croise avec un petit sourire en coin. Moins discrètement ses filles sont arrivées à la maison en disant : « Tu as vu, Tante Zélie, mon père a les cheveux bleus ! » d’un ton moqueur.
En fait il semblerait que notre respectable voisin, expert-comptable de son métier, soit victime d’une crise de jeunisme aigue ces derniers mois. Pourtant il est l’archétype de ce libanais qui a quitté son village pour « réussir » à Beyrouth et a fini par se marier à la quarantaine lorsqu’il en a jugé le temps venu.
Un appartement à Beyrouth, une maison à la montagne, deux grosses voitures, une jolie épouse, deux petites filles marquent son parcours social. Pourtant avec la cinquantaine, il lui apparait nécessaire de réduire les traces du temps. Cela a commencé par un changement de vestiaire radical et voici maintenant qu’il s’attaque à son physique ! Sans doute la prochaine étape sera l’opération de chirurgie esthétique, mode qui atteint désormais les hommes libanais.
Bref tout ceci ressemble à une version locale du « Bourgeois gentilhomme » par le comique qu’il engendre, hélas aux dépends de ce nouveau riche qui tente d’afficher ce qu’il croit être sa réussite sociale.